Description
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Le 23 juillet 1976, Eduardo Moreno Bergaretxe, âgé de 25 ans, disparut dans la commune française de Saint-Jean-de-Luz. Ce matin-là, il quitta l’appartement où il résidait pour se rendre à un rendez-vous qui, semble-t-il, avait été fixé par l’intermédiaire de la librairie Mugalde d’Hendaye. La rencontre devait avoir lieu à dix heures du matin au café La Consolation, à Saint-Jean-de-Luz, mais les responsables de l’établissement déclarèrent que Moreno Bergaretxe n’était jamais entré dans les lieux.
Eduardo Moreno Bergaretxe, alias «Pertur», était né à Saint-Sébastien le 13 octobre 1950. En septembre 1972, il s’enfuit en France après avoir échappé à la police à Bilbao. Il fut dirigeant d’ETA politico-militaire et responsable de son Bureau politique aux côtés de Javier Garaialde, alias «Erreka». Dans les mois qui précédèrent sa disparition, tous deux rédigèrent la motion Otsagabia, qui prônait l’ouverture d’une voie politique dans le nouveau contexte né de la mort de Franco et la relégation de la «lutte armée» au second plan.
Sa position se heurta à celle des bereziak, les commandos spéciaux d’ETA politico-militaire, partisans du maintien de la violence. Cette tension interne s’aggrava particulièrement après l’enlèvement et l’assassinat de l’industriel Ángel Berazadi en avril 1976. Selon un témoignage recueilli des années plus tard, «Pertur» fut le seul membre de la direction à voter contre l’exécution de Berazadi. Peu après, des membres de l’aile dure allèrent jusqu’à le retenir afin de l’empêcher d’assister à une conférence interne de l’organisation; un vote décida de sa libération à une très courte majorité.
La dernière trace connue de «Pertur» le situe, vers 9 h 40 le 23 juillet 1976, à Saint-Jean-de-Luz avec Miguel Ángel Apalategi Ayerbe, «Apala», et Francisco Mujika Garmendia, «Pakito», tous deux membres du secteur dur d’ETA politico-militaire. Selon leurs propres déclarations, Moreno Bergaretxe leur demanda de le conduire à Behobia, à la frontière avec l’Espagne, où ils le laissèrent vers 11 h 30. Depuis lors, on n’a plus jamais eu de nouvelles de lui et son corps n’a jamais été retrouvé.
Il s’agit d’un cas de disparition à l’attribution confuse. Dans les jours qui suivirent, différents groupes d’extrême droite et parapoliciers, parmi lesquels le Batallón Vasco Español, revendiquèrent sa mort. Le 31 juillet 1976, El Correo Español-El Pueblo Vasco reçut un communiqué du BVE affirmant que «Pertur» avait été exécuté et enterré dans un village de Navarre.
Cependant, dès le début, des soupçons existèrent également quant au fait que sa disparition ait pu être la conséquence d’une purge interne au sein d’ETA politico-militaire, en raison de ses désaccords avec les bereziak et du fait qu’«Apala» et «Pakito» furent les derniers à l’avoir vu vivant. Tous deux nièrent tout lien avec la disparition dans le cadre des investigations menées en France.
En 2008, la famille d’Eduardo Moreno Bergaretxe déposa une plainte devant l’Audiencia Nacional afin de tenter d’éclaircir les faits. Le juge Fernando Andreu enquêta pendant quatre ans sur les deux principales hypothèses: celle qui pointait vers les bereziak d’ETA politico-militaire, et celle qui désignait des groupes d’extrême droite ou des néofascistes italiens agissant en connivence avec les services policiers espagnols. En septembre 2012, l’affaire fut provisoirement classée faute d’indices suffisants permettant d’inculper une personne déterminée.
Près d’un demi-siècle plus tard, la disparition de « Pertur » demeure non élucidée. Sa famille continue de réclamer la vérité sur ce qui s’est passé ainsi que la récupération de ses restes.
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